23 mai 2013
{Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour} de S.G. Browne
L'histoire :
Andy vit en paria depuis sa résurrection spontanée après un accident de voiture. Ce nouveau zombie n’a pour morne horizon que le cellier familial, où il cuve les grands crus de son père, et ses réunions mensuelles aux Morts-Vivants Anonymes.
Mais lorsqu’un zombie solitaire l’initie aux bienfaits régénérateurs de la chair humaine, Andy décide de lutter pour ses droits civiques. Débute alors un voyage improbable qui le mènera de la morgue au rôle très médiatisé de porte-parole de la cause zombie, en passant par des séjours à la SPA reconvertie dans l’accueil de zombies fugueurs et aux plateaux d’Oprah Winfrey.
Mon avis :
Ceux qui me connaissent savent que je dis rarement non à une bonne petite histoire de zombies, et c’est donc avec plaisir et impatience que je me suis plongée dans ce roman zombiesque d’un autre genre.
Avec Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour, S.G. Browne nous offre une histoire qui sort un peu des standards habituels, puisqu’elle place le zombie en tant que personnage principal et que sa description est bien loin des mangeurs de chair fraîche violents et sanguinaires que l’on trouve en général.
Il est très plaisant de découvrir la vie de ces morts-vivants à travers les yeux et l’expérience d’Andy, et de se rendre compte de l’évolution de notre société où le réveil après la mort devient, si ce n’est fréquent, au moins possible.
Les pauvres zombies que l’on va suivre semblent au départ bien inoffensifs et balourds avec leurs membres recousus à la va-vite, leurs cerveaux à l’air libre et leur os mal ressoudés. Pourtant, même si le physique ne semble pas suivre, il faut avouer que côté émotions et réflexions, ils ressemblent encore grandement aux vivants qu’ils ont cessés d’être et n'en sont que plus touchants.
Si le ton de narration est plutôt léger et enclin à l’humour, l’histoire va plus loin qu’une simple histoire de morts qui se réveillent et fait réfléchir sur l’injustice et le comportement de certains face aux minorités en général. Il est facile de remplacer le zombie par n’importe quel autre humain stigmatisé et de se retrouver devant des scènes malheureusement criantes de vérité.
Voilà donc un roman à la lecture agréable, dans lequel on rentre facilement et avec plaisir. Les héros zombies sont attachants et l’on se prend vite d’intérêt pour leur quotidien et leur manière de gérer cette vie après la mort. Un roman à recommander au non amateurs de morts-vivants, qui les verront peut-être d’une autre manière, et pour les déjà convaincus, c’est toujours agréable de découvrir une nouvelle intrigue, même si celle-ci n’explique pas comment on en est arrivé là.
Le livre :
Sortie le 02/05/2013 chez Mirobole Editions
216 pages, 20.50€
A venir :
Hygiène de l'assassin, d'Amélie Nothomb, lu par Guila Clara Kessous
21 mai 2013
{Thomas Drimm, tome 1 : La fin du monde tombe un jeudi} de Didier van Cauwelaert
Quatrième de couverture :
Dans une société sous contrôle total où le jeu règne en maître, un ado se retrouve détenteur d'un secret terrifiant, qui déchaîne contre lui les forces du Mal... et celles du Bien.
Tiraillé entre la femme de ses rêves et un vieux savant parano réincarné dans un ours en peluche, Thomas va découvrir, de pièges en rebondissements, l'exaltant et périlleux destin d'un super-héros à mi-temps.
Mon avis :
Repéré depuis longtemps, il était temps que je découvre plus en profondeur cette série qui semble plaire à bien des lecteurs. Une fois terminé ce premier tome, je dois dire que je comprends pourquoi.
Ce qui rend la saga Thomas Drimm différente, c’est vraiment l’univers créé par l’auteur. Un univers qui semble une évolution du nôtre qui aurait mal tourné, un univers où le Hasard est devenu roi, où les humains sont pucés, où le monde est protégé par un bouclier, un univers bien différent mais surtout parfaitement construit, où tous les détails sont pensés avec précision et où rien n’est laissé au hasard pour assurer la cohésion et la crédibilité de l’histoire.
Les personnages, un peu caricaturaux parfois, n’en sont pas moins intéressants et bien souvent drôles, tout comme les situations qu’ils vivent, généralement inattendues et surprenantes. Les relations qu’ils entretiennent, entre séduction, pouvoir, culpabilité et envie, les amènent plus d’une fois dans des scènes de vie exagérées et au combien savoureuses.
L’intrigue, digne d’un roman de super-héros, est sympathique et bien rythmée. Il est facile de se laisser prendre au jeu, de se prendre d’affection pour Thomas et son ours habité, et de devenir curieux de cette possible fin du monde et de la seule solution qui semble s’offrir.
Avec beaucoup d’humour et d’efficacité, Didier van Cauwelaert nous offre ici un premier tome qui construit parfaitement son univers, qui nous présente des personnages agréables (dans leur bon et leurs mauvais côtés), et qui, surtout, nous entraîne dans une course contre le temps.
Voilà donc un début de saga prometteur et qui répond tout à fait à mes attentes. J’ai passé un très bon moment de lecture, et j’ai adoré être surprise en découvrant cet univers si bien décrit. Il est sûr que je me plongerai avec plaisir dans la suite, curieuse de savoir comment tout ceci va pouvoir évoluer.
Le livre :
Sortie le 27/03/2013 chez Le Livre de Poche Jeunesse
394 pages, 6.90€
A venir :
Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour, S.G. Browne
19 mai 2013
{Le Yark} de Bertrand Santini & Laurent Gapaillard
Quatrième de couverture :
Il adore les enfants.
Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l'Homme est l'espèce la plus répandue.
Il en est une autre, cependant, plus rare et moins connue.
Le Yark.
Mon avis :
Petit livre jeunesse qui réjouit aussi les plus grands, Le Yark nous embarque avec délectation aux côtés de ce monstre dévoreur d’enfants, mais au système digestif plus que fragile. Délicieusement régressif, ce trop court roman ne peut que faire sourire et même rire les adultes, transportés aussi bien par l’humour que par les émotions véhiculées tout au long de l’histoire.
La plume de Bertrand Santini est juste savoureuse, sa manière d’écrire quasiment en rimes, son humour, ses tournures de phrase, font que l’on ne peut qu’adhérer et dévorer ce livre d’une bouchée, happé par cette histoire, curieux de ce que va inventer le Yark, curieux des réactions bien souvent surprenantes des enfants.
Ajoutons à cela des illustrations de Laurent Gapaillard qui complètent et subliment à merveille le texte, des illustrations qui nous embarquent un peu plus dans l’histoire et qui nous font bien souvent sourire, des illustrations pleine de détails savoureux, et vous comprendrez mieux pourquoi il ne faut pas passer à côté de cette découverte.
Que dire de plus, si ce n’est que Le Yark n’a que des qualités : une belle écriture, une histoire à la fois drôle et touchante, des dessins juste à propos, ce qu’il faut d’humour pour ramener les adultes au temps des enfants. Un livre à savourer sans modération pour les petits les plus sages comme les plus dissipés, et surtout pour les parents ayant gardé une âme de gamins et qui veulent se replonger dans les souvenirs des monstres dans le placard, juste le temps d’une histoire.
Le livre :
Sortie le 26/10/2011 chez Grasset-Jeunesse
76 pages, 13€
A venir :
Thomas Drimm, tome 1 : La fin du monde tombe un jeudi, Didier Van Cauwelaert

11/26
18 mai 2013
{Martyrs, livre I} d'Olivier Peru
Quatrième de couverture :
Irmine et Helbrand, deux frères assassins descendant d'un ancien peuple guerrier, vivent dans les ombres de la plus grande cité du royaume de Palerkan. Alors qu'ils se croient à l'abri des persécutions dont ont souffert leurs ancêtres, leur passé sanglant les rattrape, sous les traits d'un borgne qui semble nourrir pour eux de sombres projets. Et tandis que la guerre menace d'embraser le monde, que les puissants tissent de noires alliances, ils vont devoir choisir un camp. Leur martyre ne fait que commencer...
Mon avis :
Quel plaisir, mais quel plaisir de se plonger dans Martyrs ! Quel plaisir de découvrir l’univers mis en place par Olivier Peru, de rencontrer les Arsekers, de découvrir un roi atypique, une jeune femme prisonnière de sa cité, de croiser des fantômes, des assassins et un borgne bien mystérieux.
Avec ce premier tome particulièrement addictif, Olivier Peru signe le début d’une saga à suivre. Tout est en place pour passer un excellent moment de lecture : des personnages hors du commun qui se croisent, s’éloignent et se recroisent, un monde très construit et détaillé, une intrigue pleine de révélations et de rebondissements, un peu d’amour, beaucoup d’action, du danger, des luttes de pouvoir, de la politique, des vengeances… les ingrédients parfaits pour ne pas s’ennuyer une seconde et se retrouver totalement scotché à l’histoire.
La plume de l’auteur est parfaite pour nous entraîner complètement dans l’histoire, pour nous faire imaginer Les Ronces, La Marchande, Karmalys ou les magnifiques Arsekers. Tout est parfaitement détaillé, que ce soit les coutumes de ce nouveau monde, les peuples qui l’habitent, les relations entre les uns et les autres, les légendes ou autres religions en place.
Olivier Peru prend le temps de nous présenter ses personnages, passant de l’un à l’autre au fil des chapitres, nous baladant à travers son monde, suivant chaque faction, nous la décrivant précisément, que ce soit le pouvoir en place ou ses opposants, les nantis ou les opprimés. Sa manière de faire nous les rend tous intéressants, et au début on peut même se demander qui sont les véritables héros, qui feront partie du clan à suivre, qui sont les traitres…
L’intrigue, bien que très politique, donne une place très importante aux caractères et aux personnalités des différents protagonistes. Il est facile de s’attacher à la destinée des deux frères ou de Kassis, mais il est également passionnant d’en apprendre plus sur Karmalys ou de suivre les avancées de l'Ogre de l'Ouest.
L’auteur manie parfaitement le suspense, et sait doser révélations et rebondissements pour nous tenir en haleine. Les derniers chapitres condensent les surprises et expliquent bien des choses, nous prouvant qu’Olivier Peru nous a promené tout le roman, et éclairant bien des détails sous un nouvel angle.
Au final, voilà un premier tome plus que prometteur et que l’on a bien du mal à lâcher. Je ne peux que le conseiller pour ceux qui veulent être embarqués dans une aventure aux personnages bien construits, où action et sentiments se côtoient, et où l’intrigue ne manquera pas d’étonner. Un roman à découvrir, tout simplement !
Le livre :
Sortie le 27/03/2013 chez J'ai Lu
694 pages, 16€
A venir :
Le Yark, Bertrand Santini & Laurent Gapaillard
15 mai 2013
{Certaines n'avaient jamais vu la mer} de Julie Otsuka, lu par Irène Jacob
Présentation de l'éditeur :
Les voix et les vies que Julie Otsuka décrit ici sont celles de ces Japonaises venues, au début du XXe siècle, épouser, aux Etats-Unis, un de ces hommes qui font arriver par paquebots entiers ces femmes choisies « sur catalogue ». D’eux, elles ne connaissent que des photos et des C.V. truqués, et se retrouvent souvent face à des maris brutaux qui les traitent en esclaves. Plutôt que de s’attacher à un destin unique emblématique des autres, Julie Otsuka opte pour de multiples voix qui racontent, tel un choeur antique, la tragédie de toutes et de chacune : leur misérable vie d’exilées, leur combat pour apprivoiser une langue inconnue, le racisme des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine… Puis le grand choc de la guerre. Et l’oubli.
Mon avis :
Pas vraiment un roman, mais plutôt des pensées, des anecdotes, des petits morceaux d’histoire de ce qu’ont pu vivre ces Japonaises parties de chez elle pour aller rejoindre des maris inconnus, là-bas, en Amérique, ce livre raconte ce qu’a été leur vie, ce qu’ont été leurs espoirs, leurs défaites, leurs déceptions, leurs enfants, leurs métiers, toutes ces choses qui construisent une existence.
Tout est raconté à travers ces petites phrases, ces différents exemples, sans vraiment de nom, sans vraiment donner corps aux personnages mais juste comme de mini anecdotes de milliers de vies.
La voix d’Irène Jacob donne cette classe que pouvaient avoir ces femmes toujours très droites, toujours très polies, toujours très fières, toujours très franches. Cette voix, donc, se marie parfaitement avec le sujet. Elle nous raconte tous ces petits moments de vie avec émotion, avec sensibilité, pour nous décrire ce qu’a été l’existence de ces Japonaises, comment elles ont pu débarquer en Amérique, essayer d’y faire leur place malgré les difficultés de la période, malgré cet écart de culture qu’elles ont dû affronter.
C’est encore un souvenir d’histoire, d’une histoire d’acceptation, d’une histoire d’espoir, d’une histoire de nouvelle vie.
Seul petit hic, par moments, on manque de corps, on manque de chair, on manque de descriptions plus précises ou de personnages plus concrets que l’on pourrait suivre, auxquels on pourrait s’attacher. Le lecteur se trouve vraiment en distance par rapport à ces héroïnes anonymes et c’est dommage car leur vie a ce petit quelque chose qui sait nous captiver.
Le livre :
Sortie le 17/04/2013 chez Audiolib
3h47, 18€
A venir :
Martyrs, livre I, Olivier Peru
13 mai 2013
{Home} de Toni Morrison, lu par Anna Mouglalis
Présentation de l'éditeur :
Amérique 1950 : le « White only » s’applique partout : bus, hôtels, culture ; pour un soldat noir, voyager d’un État à l’autre est une odyssée. C’est dans un pays au bord de l’implosion que, de retour de la guerre de Corée, Frank Money, miné par de terribles crises d’angoisse et une incapacité totale à renouer avec les autres, reçoit un appel au secours de sa soeur gravement malade, lui demandant de venir à Atlanta. Il se lance alors dans la traversée de cette Amérique ségrégationniste pour la ramener à Lotus, ville de leur enfance. Un voyage emblématique vers ce lieu fantasmé comme détesté, aimé et subi, durant lequel Franck Money se redécouvrira pour se reconstruire. Toni Morrison fait de ce roman, condensé au vitriol de la mémoire honteuse de cette époque, un miroir tendu à l’Amérique d’aujourd’hui.
Mon avis :
Vendu comme un roman miroir de l’Amérique ségrégationniste, de cette Amérique honteuse où s’appliquait le « White only », ce n’est pourtant pas ce que j’ai ressenti et retenu à l’écoute de Home.
Pour moi, voilà un roman qui parle de la quête de soi, de la recherche de son identité, de la recherche de son foyer, celui où l’on se sent bien, où l’on a envie d’être, mais tout ce qui a trait à cette ségrégation, à ces actes racistes qu’ont subi les noirs, n’est qu’anecdotique. Tout aurait pu se passer dans un autre temps, dans d’autres mœurs, le fond de l’histoire aurait été quasiment le même, à savoir réussir à construire sa vie, réussir à en oublier certains passages pour enfin se sentir bien, se sentir chez soi, se sentir protégé.
L’histoire en tant que telle est donc intéressante, elle peut être profonde, et les personnages peuvent sembler touchants dans leur solitude, dans leurs questionnements, pourtant, le seul problème, à mon goût personnel réside dans la voix de la lectrice. En effet, la voix d’Anna Mouglalis ne m’a absolument pas touchée, au contraire, elle m’a souvent perdu, ne sachant plus qu’elle était le narrateur de la partie que j’écoutais, si l’on était avec Franck ou avec sa sœur, ayant du mal à resituer à chaque fois les choses, ne comprenant pas forcément tous les mots.
J’ai eu beaucoup de mal à rester attentive à cette lecture et donc à me trouver touchée, à me trouver transportée, à être réellement impliquée dans cette histoire qui pourtant, sur papier, avait tout pour me plaire. Un rendez-vous raté donc, dû à mon avis dans le choix de la lectrice, qui ne correspond pas à mes goûts et dont la voix m’a totalement laissée sur le bord de la route.
Le livre :
Sortie le 20/03/2013, chez Audiolib
4h, 19€
A venir :
Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka
12 mai 2013
{14} de Jean Echenoz, lu par Jean Echenoz
Présentation de l'éditeur :
Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.
Mon avis :
Petit livre atypique sur la première guerre mondiale, 14 nous raconte le quotidien de ces jeunes gens et de ces villes et villages dont la vie a basculé lors de ces combats. Ces jeunes hommes qui se sont vus engagés pour aller défendre le front, ces jeunes femmes qui se sont retrouvées à attendre un frère, un père, un fiancé qu’elles avaient vus partir.
L’atmosphère mise en place par Jean Echenoz est particulièrement bien rendue, que ce soit cette absolue certitude que la guerre serait courte, que ce n’était l’affaire qu’une ou deux semaines avant que tout ne redevienne normal, puis ce désespoir qui grandit au fur et à mesure que tout le monde se rend compte que cela sera long, très long, trop long.
L’ambiance des tranchées, l’ambiance des combats, l’ambiance des longues attentes, même si elle est racontée avec une certaine distance, nous plonge totalement dans cette première guerre mondiale, dans ces moments de doute, dans ces moments où l’on cherche absolument à s’en sortir, à survivre, à retrouver sa vie d’avant, même si l’on sait qu’elle ne sera jamais plus la même.
Les personnages décrits par l’auteur nous restent légèrement éloignés, mais leur vie nous parait proche. Ce qu’ils ont dû subir, ce qui a changé pour eux, ce qui a changé pour toute cette population, pour cette période, fait tellement partie de notre passé que l’on ne peut que se sentir touché par cette histoire, par cette mémoire de ce qu’ont vécu nos aïeux.
Chaque tranche de vie, chacun de ces héros qui s’ignorent, qui n’ont pu que subir cette guerre, nous parait proche, nous parait réel, nous parait évident.
Jean Echenoz nous offre ici un livre particulièrement touchant. Touchant dans la distance qu’il met par rapport à ce moment-clé particulièrement dur de notre histoire, touchant dans toutes ces vies qu’il raconte mais surtout dans les détails qu’il ne raconte pas, dans tout ce quotidien, dans toutes ces difficultés qui ne sont qu’entraperçus mais tellement présents.
Son phrasé, sa manière de raconter les choses, avec une certaine pudeur, donne un intérêt supplémentaire à cette histoire, cela nous fait nous concentrer sur ce que l’auteur nous livre, sur cette difficulté, cette dureté de la guerre, sur cette manière qu’elle a de tout changer, de tout bousculer, sur cette manière qu’elle a de briser des vies, de prendre ceux qui auraient dû rester, de choisir un peu au hasard qu’elles sont les jeunes hommes qu’elle va renvoyer et ceux qu’elle va garder.
Un petit livre particulièrement touchant, un petit livre qui ne peut que nous rappeler ou nous raconter cette première guerre mondiale trop longue, trop dure, trop meurtrière et tout ce qu’elle a pu changer ensuite dans notre histoire à tous.
Le livre :
Sortie le 20/03/2013 chez Audiolib
2h30, 18€
A venir :
Home, Toni Morrison
09 mai 2013
{Le Protectorat de l'Ombrelle, tome 5 : Sans âge} de Gail Carriger
Quatrième de couverture :
Lady Maccon est en pleine béatitude domestique.
Une béatitude à peine troublée par la fréquentation de quelques loups-garous de la haute société et celle du second placard préféré d'un vampire, sans oublier un bambin précoce ayant des dispositions incontrôlables au surnaturel...
Mais Alexia vient de recevoir un ordre qu'elle ne peut ignorer. Avec mari, enfant et famille Tunstell au complet, elle embarque à bord d'un bateau à vapeur pour traverser la Méditerranée. Direction l'Egypte, une terre qui pourrait bien tenir en échec l'indomptable Alexia. Que lui veut la Reine vampire de la ruche d'Alexandrie ? Pourquoi un ancien fléau s'abat-il de nouveau sur le pays ? Et comment diable Ivy est-elle devenue du jour au lendemain l'actrice la plus populaire de tout l'Empire britannique ?
Mon avis :
C’est avec impatience et un brin d’appréhension que je me suis plongée dans cet ultime tome du Protectorat de l’Ombrelle. Impatience de retrouver lord et lady Maccon et leurs échanges succulents, impatience de savoir comment allait grandir la petite Prudence, impatience de passer encore un excellent moment de lecture, mais aussi appréhension parce que cet opus marque la fin de la saga.
Pour cette dernière aventure, Gail Carriger réussit à nous toucher, à nous faire rire et sourire, à nous faire trembler, à nous inquiéter grandement, à nous surprendre. Elle nous offre une histoire pleine d’émotions, centrée autour de cette famille Maccon si atypique, mais où les personnages secondaires ont aussi une grande place, et où les aventures de chacun ne peuvent que nous passionner.
Savant mélange d’action et d’émotion, ce tome nous donne certaines réponses restées en suspens, nous offre de nombreuses révélations sur les différents protagonistes, nous fait craindre le pire, nous montre nos héros sous un nouveau jour.
L’intrigue sait nous tenir en haleine, Gail Carriger a le don de passer d’un groupe de personnages à l’autre aux moments les plus fatidiques, nous obligeant à lire toujours plus. Une fois plongé dans cette aventure, il devient bien difficile de la lâcher, toujours plus curieux de suivre cette histoire entre Londres et l’Egypte, cette épopée dans les airs et sur l’eau, cette course-poursuite entre surnaturels et paranaturels, cette quête de la vérité sur le Fléau des Dieux.
Ce dernier tome réunit tous les ingrédients qui ont fait le succès de cette saga : un univers steampunk très réussi, des personnages aux caractères bien trempés, un humour ultra présent, de l’action, du danger, une bonne dose de flegme et de bonnes manières… Les personnages sont une fois de plus extrêmement bien décrits et leurs réactions et relations sont absolument succulentes. Tout est fait pour que l’on passe un excellent moment. Seul petit hic ? Que ce soit le dernier tome ! Il est tellement rare de trouver une série de cette qualité que l’on aurait envie qu’elle ne s’arrête jamais.
Le livre :
Sortie le 08/05/2013, chez Orbit
333 pages, 16.90€
A venir :
14, Jean Echenoz
07 mai 2013
{Je vais passer pour un vieux con} de Philippe Delerm, lu par Pierre Arditi
« Dans la liste des précautions oratoires, celle-ci occupe une place à part. Elle souhaite jouer la surprise par sa forme, une vulgarité appuyée qui aurait pour mission de gommer à l’avance le pire des soupçons : une pensée réactionnaire. L’interlocuteur ne doit pas se récrier avant la remarque promise. Mais une petite réticence aux commissures des lèvres signifiant “Toi, passer pour un vieux con !?” semble bienvenue. Elle était espérée. »
Traquant les apparentes banalités de nos discours, nos petites phrases toutes faites, Philippe Delerm révèle pour chacune un monde de nuances, de petits travers, de rires en coin. La vérité de nos vies, en somme.
Laisser aux phrases les plus convenues leur dimension de banalité quotidienne tout en disséquant la subtilité de leur sens implicite, c’est la performance qu’accomplit ici Pierre Arditi dans son interprétation des perles verbales dénichées par Philippe Delerm.
Mon avis :
Qui n’a jamais utilisé une de ces phrases toutes faites qui veulent à la fois tout et ne rien dire ? Qui n’a jamais vécu ce moment déprimant où notre répondeur nous informe de l’absence de message ? A qui n’a-t-on jamais donné la recommandation de mettre sa cagoule ?
Dans Je vais passer pour un vieux con, Philippe Delerm nous décortique, avec sa verve habituelle et sa plume si agréable, toutes ces expressions « bateau » que l’on a utilisées, lues ou entendues ; toutes ces phrases qui nous parlent forcément, à un niveau ou à un autre. Avec ce recueil, il met le doigt là où ça fait mal, pointant avec une belle efficacité tous ces petits travers qui caractérisent le quotidien et dans lesquels on se retrouve forcément à un moment.
Difficile de passer en revue chacune de ces phrases que l’on pourrait dire « choc », mais ce qui est sûr c’est que tout le monde y trouvera son compte, soit comme un clin d’œil d’un souvenir déjà vécu, ou comme une résonnance d’une scène du passé.
Si le style et la plume de Philippe Delerm en font un livre à découvrir, la voix et les intonations que rajoute Pierre Arditi le complète à merveille, pour nous offrir un livre audio absolument jubilatoire. Le format est parfait pour grignoter anecdote par anecdote, pour s’offrir de temps en temps un petit moment de pur bonheur à rire ou sourire devant ces réflexions qui sonnent si juste.
Ce combo parfait, cette rencontre entre une écriture incisive et précise et une interprétation au cordeau, font de ce recueil un livre à découvrir absolument, simplement pour le plaisir de se laisser emporter, de se reconnaitre ou de se moquer gentiment. Un livre à écouter une ou cent fois, sans se lasser, pour savourer la justesse de ses réflexions. Un livre parfait pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure de l’audio.
Le livre :
Sortie le 13 février 2013 chez Audiolib
1h40, 17€
A venir :
Le Protectorat de l'Ombrelle, tome 5 : Sans âge, Gail Carriger
05 mai 2013
{Coyote Crossing} de Victor Gischler
À Coyote Crossing, un trou perdu de l’Oklahoma, tout semble paisible. Jusqu’à ce que l’adjoint du shérif égare un cadavre et déclenche une nuit d’enfer…
Coyote Crossing : un bled tellement paumé que même les téléphones portables ne captent pas.
Adjoint à mi-temps du shérif local, Toby Sawyer est appelé au chevet de son premier macchabée, Luke Jordan, un voyou notoire qu’on vient de cribler de balles. Sa mission : le surveiller toute la nuit. Une tâche pas vraiment excitante pour Toby, moins en tout cas que la perspective de rendre une visite éclair à sa jeune maîtresse. Après tout, un mort ne risque pas de prendre la poudre d’escampette, non? Eh bien si!
Cette nuit tranquille à Coyote Crossing tourne alors au chaos : un gang d’Hispaniques se lance à la poursuite de Toby, ainsi que la fratrie des frères Jordan, des rednecks bêtes et méchants. Pour couronner le tout, sa femme le quitte en lui laissant leur bébé sur les bras, ce qui n’est guère pratique quand on doit se défendre les armes à la main…
Dilettante et inexpérimenté, Toby parviendra-il à faire honneur à l’étoile épinglée sur son torse ?
Mon avis :
Roman policier qui sent bon la toute petite ville américaine où tout le monde se connaît, où la chaleur est étouffante, et où aucun secret ne le reste bien longtemps, Coyote Crossing est un véritable régal à lire, tant par son atmosphère que par son personnage principal.
Dès le début, on est mis dans l’ambiance : Toby a tout de l'anti-héros par excellence. Plutôt gaffeur, pas vraiment assidu dans son job ou sa vie privée, il n’y a qu’un pas pour le classer dans les péquenauds du coin qui n’ont pas grand-chose à apporter. Pourtant, au fur et à mesure que l’aventure avance, qu’on le voit tenter de se dépatouiller de ces tuiles qui lui tombent sur la tête, on finit par le trouver attachant et par devenir curieux de ses décisions et de son avenir.
L’intrigue pourrait paraître tirée par les cheveux et certains pourraient certainement avoir une impression d’exagération vu l’enchaînement de certains évènements, mais le tout est fait avec un second degré et une évidence qui nous emportent dans cette histoire et nous permettent de l’apprécier du début à la fin.
Voilà donc un roman parfaitement dépaysant, dans lequel il est facile de se plonger et se laisser embarquer, tant par la plume de l’auteur que par sa facilité à nous décrire les lieux, les personnages et l’atmosphère. On se trouve tout à fait transporté dans l’Oklahoma, et l’on a l’impression de voir défiler sous nos yeux cette histoire complètement abracadabrante.
Alors, si vous aussi vous voulez savoir combien de mexicains on croise dans cette aventure, quels sont les dessous de la police de Coyote Crossing, quelles sont les armes privilégiées de Toby Sawyer et combien de cigarettes il fume à l’heure, ou si vous voulez rencontrer des personnages à la Ma Dalton, je ne peux que vous conseiller ce roman policier hors du commun, c’est tout simplement jubilatoire ! Pour ma part, je note de près le nom de son auteur, et je m’en vais de ce pas me plonger dans sa bibliographie.
Le livre :
Sortie le 07/05/2013 chez Denoël
227 pages, 19.90€
A venir :
Je vais passer pour un vieux con, Philippe Delerm, lu par Pierre Arditi
















